L’amour au cœur du confinement

Article : L’amour au cœur du confinement
13 juin 2020

L’amour au cœur du confinement

Crédit photo : Marc Cantin (Amoureux)

Le Brésil, où je vis depuis un peu plus de deux ans, est un étonnant pays où l’amour semble flâner partout. On les croise dans les bars pimentés du soir, dans les bus, les parcs, sur les plages au sable fin, les places publiques, ou tout simplement dans les rues, les amoureux, qui se tiennent par la main ou qui s’embrassent en riant, á ciel ouvert. On se doutait le moins du monde que ce fameux coronavirus allait quitter la Chine trop curieux pour séjourner dans cette Amérique émotionnelle.

Depuis que ce meurtrier invisible hante le monde, en laissant centaines de milliers de morts dans son sillage, ce n’est plus branché ici, de planifier un rancard autour d’un bon café, ou d’une bonne bière, ou d’un bon film. Le gouvernement nous confine à cœur serré. Entre vie et mort, l’amour patiente.

Il n’est aussi plus commode de draguer une fille dans un lieu public. Oups ! Distance sociale ! C’est même plus un geste galant mais une impolitesse. Il advient que dans telle situation, une femme ne se sente plus sexy à l’abord d’un gentleman, mais menacée, car monsieur Coronavirus flâne dans l’air. Sous les masques, les beaux sourires se planquent. On a peur !

À la maison l’ambiance n’est pas plus prometteuse. Commençons par celui ou celle qui ne vit pas avec son amoureux(euse) mais avec sa famille. Quand on est coincé à la maison, il est bien utile d’avoir à portée de main son amoureux(euse), car cela aide à tuer le temps et à soulager son stress, entre autres. Sinon, on boude sa famille sans raison valable. Bien sûr, on va tenter de résoudre le problème au téléphone, mais cela risque de provoquer une montée d’adrénaline qu’on arrive plus à gérer seul. Alors, on se débrouille, comme un loup affamé, pour rencontrer l’autre… On ment à sa famille pour sortir… et on affronte l’ennemie invisible.

Crédit photo : mo640 (Amoureux – Denia)

On peut mettre les amoureux qui vivent ensemble, et les mariés dans le même lot. Ceux-là, au début du confinement, sont super excités à l’idée de rester à la maison et de profiter du temps libre. Ceux qui n’ont pas d’enfants, rattrapent le temps perdu entre la chambre et la salle de bain. Ils passent à la cuisine quand la faim s’amène. Ceux qui ont d’enfants, tentent de faire pareil, sauf que les enfants, à la fin, prennent beaucoup d’espace et sont devenus, pendant le confinement, un peu plus capricieux que d’habitude. Ils ont aussi besoin  d’un peu d’attention.

Les chasser de la maison n’est pas une option, pas question de les précipiter dans les bras du monstre qui vit dans les rues à présent. « Toujours à cause de l’amour ! » Alors, quand ça manque d’air á la maison et que la tension monte, on se fâche pour un oui, ou pour un non. On se chamaille pour un geste ou un coup d’œil mal placé. On cherche désespérément à remettre du piment dans la relation devenue trop mécanique, fade. C’est le trop-de-temps !

Enfin, il reste les célibataires… Ceux-là, croyez-mois, sont les plus vulnérables et les plus amusants de tous. Ce sont mes préférés. Je les trouve bons acteurs. En plus, j’aime bien leur jeu, ce théâtre vivant. Ils doivent avoir le cœur bien fragile pendant un moment pareil. « Le confinement est le nerf de la solitude. » Alors, comme des vautours, ils foncent vers les sites de rencontres pour trouver des cibles faciles. Incroyablement ou naïvement vrai, sur ce terrain, la confiance règne. On propose de se rencontrer en privé après conversation qui tient debout. Pour l’amour, le plaisir, le stress ou la solitude, on joue sans masque mais se lave les mains. Tant pis si le coronavirus s’invite à la fête !

L’amour a ses raisons que le coronavirus ne maîtrise pas. Ainsi, quand les choses reprendront leur cours normal, on affrontera les conséquences du confinement. Les enfantements non désirés, les morts émotionnels, les relations brisées ou même les nouveaux amoureux. Et les gens recommenceront à écrire leur histoire d’amour à ciel découvert !

Carlile Max Dominique Cérilia             

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