À Port-au-Prince, Stéphanie se résigne à la Covid-19

Article : À Port-au-Prince, Stéphanie se résigne à la Covid-19
24 juin 2020

À Port-au-Prince, Stéphanie se résigne à la Covid-19

Crédit photo : Kimberly Coquillon

C’est par une nuit plutôt calme que j’ai fait mon petit « coup-de-pied » dans ma capitale qui, depuis la pandémie, est rongée par des suspicions. Entre « durs à cuire » et « État pas sérieux », en passant par ceux qui croient que la Covid est un simple mythe, la jeune enseignante de 28 ans, Stéphanie Saint-Surin, se résigne à la situation. Contre tout attente, un peu partout dans la capitale suffoquée, on porte malgré tout le masque. Si le gouvernement haïtien se trouve coincé entre « Coronavirus et confinement », la jeune militante des femmes victimes de violences de la part de leurs maris ainsi que des plus vulnérables, pense impossible de confiner un peuple qui vit au jour le jour. Ce soir là, elle m’a quand même offert le thé !

Entre parcours et projets futurs, on se demande par quel bout faut-il la tenir. Née à Petit-Goâve, elle y a fait ses études classiques, respectivement, à l’École Notre Dame de la Sagesse puis au collège Pierre Mendès France. En 2011, elle est admise à l’ENS « École Normale Supérieure ». En 2013, elle entre à la faculté de Droit et des Sciences Économiques de Port-au-Prince puis, en 2019, à l’École du Barreau de Port-au-Prince, où elle attend actuellement son examen de sortie. 

Depuis un bout de temps, elle enseigne à plusieures écoles secondaires dans la capitale, notamment, au « Lycée technique Elie Dubois », en tant que professeure de Sciences Sociales. Ensuite, elle a travaillé au Bureaux des Droits Humains en Haïti… Puis, en période de pandémie, elle offre sa voix au micro de sa nouvelle émission socio-éducative, « Boukantay » – Échanges, co-animée avec son collègue Salomon Romain, où elle continue sa lutte, « défendre les plus vulnérables et l’éducation », en rappelant les dirigeants haïtiens à leurs responsabilités. D’ailleurs, elle le clame haut et fort : «  Se bon sitwayen ki fè bon dirijan » – Les bons citoyens font les bons dirigeants. 

Crédit photo : Thierry Prinston

La Covid-19 a cassé le rythme de sa vie. Elle ne donne plus cours et ses autres activités freinent. C’est la prudence sur toute la ligne, affirme-t-elle. Pourtant, le gouvernement a pris des mesures. On ne sort presque pas. Non ! « Je dis « On » ». Je devrais dire « Je ». Sinon, partout dans la capitale les gens vaquent à leur quotidien. D’ailleurs, y’a des gens qui ne croient même pas que la Covid existe en Haïti. Maintenant, à cause de son travail qui reprend timidement, elle sort. Mais rien n’est comme avant. 

Au début, après les décisions les plus drastiques du gouvernement, notamment le 19 mars 2020, elle était stressée. Elle se demandait ce qu’elle allait faire, pour combien de temps était-elle coincée à la maison. Finalement, elle se résigne. Elle résiste. Passant, tantôt par la lecture, l’écriture et le sport, qui l’aide à respirer. Elle pense que le sport aide à rester en santé, et à faire bien fonctionner le cerveau. Militante de fait, même confinée elle pense aux femmes qui subissent violences de la part de leurs maris. Ainsi, elle a produit un texte à cet effet. À présent que d’autres pays du monde sortent de confinement, elle est plus calme.

On ignore la Covid-19

Stéphanie pense qu’y’a surmédiatisation de la Covid-19, mais reste très prudente car, dit-elle, la chose est réelle. Elle tue vraiment, aux États-Unis, en Italie… Mais dans la masse haïtienne, les gens lui résistent, notamment dans les quartiers populaires, les marchés… Plusieures thèses expliquent leur comportement. Certains pensent que le gouvernement, comme d’habitude, veut remplir sa poche sur le dos du peuple, d’autres disent qu’Haïti ne peut pas être attaquée par la Covid-19, entre autres.

Les gens ne s’en foutent pas du Coronavirus. Ce sont des durs à cuire, déclare la jeune militante. D’ailleurs, elle parle de son expérience personnelle : « quand tu vas au « Mache Salomon » par exemple, les gens ne portent pas de masques. Les marchands (es), quand tu leurs parles, font mine de rien entendre.  » Hein ! J’entends mal ce que tu me dis sous ce masque, crie-t-on. » On les voit continuer leurs routines. Comme, manger, ou boire dans un même truc, qui passe à tour de bouche, et papoter dans la figure de l’autre. Tout cela est dû à une manque de confiance face à un État, pas sérieux dutout !

« Ti fyèv la » – la petite fièvre

Pour l’instant, il enfle plusieures actualités liées à la Covid-19 en Haïti. La jeune enseignante parle de « confusion sur toute la ligne ». Notamment, le pays fait face à une fièvre, on la nomme déjà : « Tifyèv« , dont les symptômes sont presque liés à la Covid. Est-ce une nouvelle épidémie ? Oui, à son avis. Mais les autorités sanitaires et le gouvernement restent silencieux sur le sujet.

Ensuite, les médecins ont prévu un nombre incommensurable de morts dans le pays. Jusqu’à présent, la population résiste. Est-ce le pic du Coronavirus qui est atteint ? Est-ce le climat, ou une mutation du virus, qui amoindrit ses impacts ? Le dilemme est de taille. Mais, personnellement, elle connait des gens qui ont contracté la fièvre et qui ont été soignés à l’aide de plantes naturelles. 

Un gouvernement qui gère très mal la crise !

Premièrement, en Haïti, on ne fait que dire qu’y a confinement et puis ça s’arrête là, avance Stéphanie. On ne confine pas un peuple qui vit dans la misère, au jour le jours. Par exemple : “au Etats-Unis, ou en France, les gens restent à la maison, mais ces gouvernement ont pris des mesures concrètes pour éviter que les gens soient obligés à sortir de chex-eux. On assiste les personnes. Ici, tout prouve que le gouvernement ne comprend pas les enjeux de la question. D’ailleurs, poursuit-elle, c’est pour ça que les gens suivent tranquillement leurs activités. Ils prennent le Tat-Tap. Ils vont au marché. Ils jouent au foot. Cette mesure là, n’est pas en adéquation à notre réalité, conclut-elle.

Deuxièmement, je veux parler du Ministère de la Santé Publique, je pense que le ministère a un grave problème. Les informations fournies par le ministère ne sont pas claires, pas précises. Je me demande même, si on lit ces informations avant de les publier. Donc, à mon avis, la crise est très très très mal gérée. Et je ne comprends pas encore pourquoi le Corona n’arrive pas à tuer encore plus en Haïti, parce que le gouvernement ne fait rien pour empêcher que cela arrive. 

Le comportement des gens

Je dirais que le peuple n’a pas confiance en ses représentants, affirme la jeune militante, d’une voix, pour le moins, qui traîne ses mots. Tentant de trouver sans doute, le moyen juste pour dessiner la situation. Eeeeeet ! Il est là. Il vit. Il fait ce qu’il avait l’habitude de faire, ce qu’il a à faire. Il n’est pas au courant du gouvernement, tout comme, le gouvernement n’est au courant lui. Chacun fait son affaire. Voilà ! Le gouvernement n’inspire pas confiance et le peuple, quand il va mal, il continue à prendre ses médicaments. Bon, je n’ai pas de qualification fixe par rapport au comportement du peuple, a-t-elle terminé. – Pourtant, elle semble avoir tout dit !

L’après Covid-19

Elle pense que ce sera très difficile pour le pays après la Covid-19. Beaucoup de choses se passent dans le pays, dit-elle, d’une voix inquiétante. Y’a le malingre, par exemple, de l’inflation de la Gourde par rapport au Dollar. Ça pose gros problème. Le pays est à plat, dit-elle, à sec. Ce sera difficile pour lui de se relever.

Personnellement, elle sera plus libre, dans son esprit, dans son corps, à vaquer à ses activités. Par exemple, plus libre de faire bouger, avec son staff, son émission, « Boukantay » « Aujourd’hui, les gens refusent ses invitations à cause de la pandémie. », plus libre de mieux faire son travail et plus libre de continuer à défendre les plus vulnérables, les femmes victimes de violences de la part de leurs conjoints, et surtout, plus libre de rappeler à l’ordre les dirigeants haïtiens. 

Carlile Max Dominique Cérilia

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