À Petit-Goâve, le Dessinateur Penn, son confinement

Article : À Petit-Goâve, le Dessinateur Penn, son confinement
15 juin 2020

À Petit-Goâve, le Dessinateur Penn, son confinement

Ce matin de 12 juin 2020, j’ai décidé de faire un petit « coup-de-pied » à Petit-Goâve malgré le confinement. Je me suis arrêté chez mon ami Penn Yserve, Av Solidarité, 211, pas loin de la grande maison de mon père. Dans mes souvenirs les plus frais, il est toujours assis, tranquille, torse nu dans sa chambre, en train de dessiner, de lire ou d’écrire, un petit chat blanc maigrichon ronronnant à ses pieds. J’ai donc voulu savoir s’il a changé de routine en temps de confinement.

(Le Dessinateur Penn Yserve et une de ses oeuvres)
Crédit photo : J-carlWeidler

Comme tu le vois sur la photo, il n’a pas uniquement un radieux sourire. Il est dessinateur professionnel depuis deux ans déjà. Aussi, il est étudiant en troième année à l’ENS « l’École Normale Supérieure » au département « lettres-modernes ». Il est ambassadeur de Trio nation services comme jeune talent. Il a lancé son atelier y’a un an, où il enseigne aux jeunes à devenir dessinateurs, en tant que Penn Dessinateur « retrouvez-le sur ses pages Facebook et Instagram ». Amoureux du français, il l’enseigne au collège Marie Dominique. Il est également jeune ANApien, de la famille d’ANA « Atelier des Apprentis Narrateurs ».

Au téléphone, malgré la différence du fuseau horaire, le chant tenace d’un coq m’a persuadé que c’était bien l’avant-jour. Ainsi, cette présence amusante qui s’imposait dans notre onversation, m’a rappelé la mince frontière qui existe, dans la culture haïtienne tellement égayante, entre gens et animaux. De sa voix grave, au-dessus de cette musique tropicale, le Dessinateur m’a fait visite guidée, en cette période de pandémie.

On a d’abord glissé un oeil dans le reste du pays. Selon ses observations : “le président est une factorie-à-mensonges”. Il n’a qu’à ouvir la bouche pour qu’il roule les gens dans la farine. D’où, dans tout le pays, l’installation d’un climat de non confiance entre le peuple et le gouvernement de Jovenel Moïse qui s’envenime. Jugé toutou des États-Unis et du président Trump, la population l’accuse d’avoir laissé entrer le virus dans le pays avant d’annuler les vols des Étas-Unis sur Haïti. Ce qui n’est pas bien nouveau, vu que ce peuple a toujours été méprisé par ses dirigeants incompétents, irresponsables et corrompus. « Ce que le Dessinateur qualifie de : “manque de nationalisme” vu que les politiques haïtiens, une fois arrivés au pouvoir, ne pensent qu’à grossir leurs poches. » 

De son côté, la population se débrouille pour résister à la pression de la Covid-19. Ceux qui sont capables, d’ailleurs peu le sont, suivent les principes-clés, tentant de combattre le monstre. Les autres, l’écrasante majorité, continuent leur vie « vogue la galère ! »

On n’a pas beaucoup traîné. À Petit-Goâve, les choses étaient ainsi : 19 cas de Covid-19, on n’est pas sûr toutefois ! Pas de morts, une population pas trop inquiète, vaquant à ses activités comme à la normal. Comme si le virus y était en visite de courtoisie . Au début, affirme le Dessinateur, on a paniqué, vu tout ce qu’on écoutait, qui se passait dans le reste monde. Mais jusqu’à présent, la situation semble maintenir un rythme pas trop chaotique, contrairement à ce qu’on prétendait. Ainsi les gens se sentent de moins en moins concernés par la présence du virus et continuent leur train de vie. Même si, vu les conditions d’extrême fragilité socio-économique dans laquelle on vit, on se demande si l’on pouvait respecter tous les normes liées à cette pandémie. Aussi, on se demande, pouirquoi les choses sont comme elles sont ici ! Déclare-t-il.

Quant à sa vie personnelle, le confinement ne la bouscule pas trop non plus. Il dessine mais lit peu. Il ne sent pas la nécessité, pour le moment, de lire beaucoup, mais ne lâche jamais certains livres, comme par exemple : Cahier d’un retour au pays natal – Aimé Césaire, ou encore L’avalée des avalés – Rejean Ducharme. Il paufine également, phrase par phrase, son texte – Quand les hommes montront sur la lune, titre encore provisoire.

La pandémie vacille quelque peu sa réalité économique, malgré le fait que sa clientèle ne bouge pas pendant la période. Cela est dû à un ralentissement des activités économiques dans le pays qui importe essentiellement tout ce qu’il consomme. Ensuite, en dépit du virus et ses impacts il continue à être un bouquiniste qui vend à mince prix des livres qu’il achète à Port-au-Prince. Pour lui, la lecture est toujours un excellent moyen de s’évader d’une mauvaise passe, et de comprendre mieux les choses. Donc, il invite à lire…!

Il m’a également glissé mots sur cette promesse de trois milles Gourdes, soit une valeur de « 27,84 » dollards $, que le président a fait à tout le pays, y’a un bout de temps déjà. Il pense que la majorité des haïtiens ne voient pas encore la couleur de cet argent, qui sait, n’en verra jamais la couleur. Est-ce parce que le gouvernement manque de moyens pour honorer sa parole ? Il n’est pas si sûr ! Tandis qu’on commence déjà à en distribuer, la liste est gérée en coulisse.

L’université, quant à lui, ferme la porte. Rien à voir avec la Covid-19, la crise dade d’avant cela, une affaire interne et profonde, opposant étudiants finissants et le gouvernement qui n’a pas à les embaucher. Toujours cette affaire de promesses dans le vent ! Même qu’on a tiré sur l’édifice juste avant la pandémie. Qui a pu bien commettre tel acte ? On ne cherche encore…

On a terminé la visite dans le vaste couloir de l’imagination. Le Dessinateur ne sent aucune poussée particulière liée à la Covid-19. Il pense pourtant que d’autres artistes s’approprient parfaitement le sujet et réussissent d’extraordinaires choses qui aident à avoir un regard différent, voire meilleur de la pandémie. Quant à lui, il affirme, ne pas avoir eu de coup de foudre pour Covid. Sa vie continue à être pareille. Sauf, qu’il ne nie pas la présence du prédateur et se protège comme il peut, attendant que les choses se calment. 

Carlile Max Dominique Cérilia

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